Nous parlons couramment des « entreprises » comme s’il existait une espèce unique, au mieux différenciée selon qu’elles sont grandes ou petites. Si nous savons distinguer substantiellement un éléphant d’une souris, si nous considérons qu’un éléphant n’est pas une souris qui aurait grossi, rien ne nous permet de telles distinctions entre les entreprises. Or d’innombrables travaux scientifiques les observent non seulement d’après leur taille, mais aussi d’après la structure de leur actionnariat, leurs ressources et leurs savoir-faire, leur dépendance technologique, leur trajectoire historique ou leur inscription dans un territoire. Afin de dégager une classification réellement opérante des entreprises, il nous semble désormais nécessaire de reconsidérer l’ensemble des critères habituellement utilisés.

Mal nommer l'objet « entreprise », c'est se condamner à une connaissance pauvre du capitalisme réel et de sa dynamique. C'est appliquer des analyses, des politiques, un droit du travail ou de la gouvernance communs à des organisations différentes.

D’après un article paru dans Le Monde Économique d’avril 2016 Pierre-Yves Gomez